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À la découverte de Dot Pierson et de son livre Douze

« Une pensée riche, des centaines d'idées, des mots qui fusent, de brillants éclats de rire, avec comme leitmotiv le besoin de créer et de toucher. »

2 septembre 2019

Dot Pierson

Photo de Dot Pierson – Crédit : Juliette Monier

Je ne sais plus très bien comment j’ai découvert Dot Pierson. Je me souviens que c’était sur Instagram, il y a quelques mois, je suivais les éditions du Nouvel Attila et j’avais vu passer un post dans lequel ils parlaient de la sortie future d’un roman érotique. J’ai donc commencé à suivre Dot et à attendre la sortie de Douze le 21 juin dernier, le jour de l’été. Je l’ai lu en une après-midi, j’ai pleuré, j’ai ri. J’ai été bouleversée par ses mots qui disent l’intimité, le désir, le manque, la souffrance, l’addiction, le plaisir encore, toujours. Je lui ai immédiatement envoyé un message pour lui proposer une interview et c’était comme si on se connaissait déjà un peu. Le ton naturel, les mots évidents, l’invitation à la soirée de lancement de Douze, puis deux heures en terrasse un midi de juillet à parler de son livre, de son travail sur l’intimité, des spectacles de théâtre immersif qu’elle met en scène, des femmes qui l’inspirent, mais aussi plus largement de l’écriture et de la sexualité. Dot a une pensée riche, des centaines d’idées, des mots qui fusent, de brillants éclats de rire, avec comme leitmotiv le besoin de créer et de toucher.

Dot, tu es une artiste multidisciplinaire, metteuse en scène, chanteuse, musicienne, autrice… Peux-tu me parler de ton parcours ?

J’ai fait une maîtrise de cinéma à Paris I et j’ai commencé à travailler dans la prod ciné et la prod musicale. En parallèle, j’ai monté mon premier groupe, puis mon deuxième, Control, qui était vraiment un groupe professionnel qui a duré 4 ans. Et ensuite il y a eu le groupe Anita Drake pendant 3 ans. En même temps, j’ai été journaliste pour différents magazines et revues littéraires.
Et, il y a 7 ans, suite à un accident qui m’a obligée à rester alitée, j’ai voulu reprendre le cinéma et j’ai commencé à écrire des scénarios que j’envoyais un peu partout. J’ai fait des films, des courts-métrages, et aussi beaucoup d’institutionnel, des pubs… En parallèle, j’écrivais Douze. Comme j’étais journaliste pour Playboy, je leur ai proposé d’éditer certains passages. Et le rédacteur en chef, Guillaume Fédou, m’a proposé de monter une soirée autour du livre qui est devenue une performance autour de l’intimité érotique intitulé d12ouze. On a joué le spectacle à Bordeaux, il a très bien marché et moi j’ai beaucoup aimé le mettre en scène. C’est à ce moment-là que j’ai découvert qu’il s’agissait de théâtre immersif. J’ai commencé à me renseigner sur ce que c’était et ça a été une révélation. J’ai eu le sentiment d’avoir vraiment trouvé ce que je voulais faire. Je me suis rendu compte que la mise en scène filmée m’intéressait moins et que j’étais plus proche du spectacle vivant.
Après cette première performance, d’autres formes de d12ouze sont apparues. J’ai commencé à travailler avec un autre metteur en scène, Grégory Ragot, et d12ouze est devenu un spectacle sur l’intimité au sens large, décloisonnée de l’érotisme, qui a été joué au 59 Rivoli. Comme pour mon livre, je me suis basée sur les travaux de Desmond Morris, un psychologue comportementaliste, qui a décrété que pour que deux personnes rentrent dans l’intimité l’une de l’autre il fallait passer douze étapes. Et pendant le spectacle, nous faisons passer ces douze étapes aux spectateurs. Après d12ouze, j’ai monté un autre spectacle de théâtre immersif, Heroes, qui sera rejoué à la rentrée. Et j’ai créé un collectif qui s’appelle Mondes Sauvages avec lequel nous faisons de l’événementiel, mais toujours immersif.

Spectacle immersif Heroes

Heroes - Dot Pierson

Dans le livre Douze, tu racontes la vie et le parcours sexuel d’une femme en douze rencontres. Pourquoi avoir fait le choix d’un texte érotique pour ton premier livre ?

Ce livre a une histoire en plusieurs étapes. Au tout début, c’était une relation épistolaire avec une fille qui écrivait elle aussi des lettres érotiques. Elle n’a pas pu continuer et je me suis retrouvée avec cet énorme amas de textes. Comme il y avait en parallèle le spectacle d12ouze et mon envie de travailler sur l’intimité, je me suis demandé quel écho pourraient trouver ces textes. Le fait que ce soit érotique est un détail. Oui, il y a beaucoup de sexe dans ce livre, tout comme il y a toujours de la sexualité dans une relation. Je considère que la sexualité fait partie intégrante d’une relation, qu’elle existe ou qu’elle n’existe pas. Il m’était donc impossible de parler de relations intimes sans qu’il soit question de sexualité. Douze a pour sous-titre « Petit précis de pornographie » parce que la pornographie permet de voir précisément le plus près des choses. C’est pour cela que Douze est pornographique, parce qu’il raconte l’intimité de très près, avec un côté presque voyeur. Mais il n’y a absolument pas de pornographie dedans.

Couverture du livre DOUZE de Dot Pierson
(édition papier : Le Nouvel Attila – édition numérique : Editions de l’Allumette)

Livre Douze de Dot Pierson

Douze est un texte sur le désir, le corps, le plaisir, mais pas seulement. Il y a aussi des deuils amoureux, des coups, des brûlures dans la vie de cette narratrice qui a des addictions et pour qui la quête de la jouissance en est parfois une. Tout à la fin, tu écris d’ailleurs : « Jouir. Encore et toujours. Jouir. Cette dépendance à l’autre est devenue une planche de salut : une dépendance se perd pour immédiatement être remplacée. Sans être meilleure, juste changer de cage à chaque fois et lustrer quotidiennement les barreaux qu’on s’est choisis. Et cela donne l’impression d’être libre. » Crois-tu que l’on puisse croire être libre en ayant une sexualité libérée et ne pas l’être vraiment ?

Je crois tout d’abord que l’on n’est absolument pas libre, mais que l’on peut se créer une liberté, que l’on peut choisir son mode de liberté dans le peu de liberté que l’on a. Cette liberté est extrêmement gérée socialement, enfermée dans des principes, des valeurs. C’est pour cela qu’il y a un côté cage dorée, surtout pour nous qui vivons dans l’un des coins les plus VIP du monde. Le fait de jouir, que ce soit sexuellement ou dans la vie en général, c’est-à-dire de prendre du plaisir en permanence, donne une impression de liberté. Cela permet de choisir la façon la plus agréable qui soit de n’être pas vraiment libre mais de se sentir libre.

« Le fait de jouir, que ce soit sexuellement ou dans la vie en général, c’est-à-dire de prendre du plaisir en permanence, donne une impression de liberté. »

On parle aujourd’hui beaucoup plus qu’avant de sexualité et de plaisir féminins. Penses-tu que cette libération de la parole ait un impact sur l’intimité réelle des femmes ?

Je crois que ça a changé deux trois choses, si je considère ma propre expérience et celle de mes proches. On parle aussi davantage de sexualité féminine dans les magazines. Mais est-ce que ça change quelque chose dans l’intimité des chambres à coucher ? Je ne sais pas. Oui, on a bien compris qu’on pouvait avoir des relations sexuelles, que c’était chouette, qu’on pouvait mettre des jupes, jouir et se branler, c’est magnifique. Mais je ne suis pas sûre que cette libération sexuelle soit toujours positive. Parce qu’avoir des relations sexuelles qui s’approchent de la pornographie, la vraie, pure et dure, je ne suis pas sûre que ce soit très bénéfique. Ça part un peu dans tous les sens, on ne sait plus trop où on en est. Il y a aujourd’hui des filles de 20 ans, et sûrement des plus jeunes, qui se retrouvent à se faire enculer par un type qu’elles connaissent à peine après une date Tinder, à refaire des choses qu’elles ont vues sur des sites porno alors qu’en fait ce n’est pas exactement ce qu’elles veulent. Elles ne cherchent pas le plaisir mais la performance. La performance si c’est assumé, si ça t’amuse, pourquoi pas, mais on n’est pas dans un film porno. Le film porno n’existe pas dans la vraie vie. J’ai donc le sentiment qu’il y a un vrai problème de communication autour de cette sexualité qui s’est libérée. Je crois que nous ne sommes qu’au premier stade de la libération sexuelle : les femmes peuvent être libres, c’est une première victoire, mais il y a encore beaucoup de progrès à faire dans la communication entre les hommes et les femmes, beaucoup d’incompréhensions. Il y a d’ailleurs eu une sorte de scission avec #MeToo. Le mot féminisme est devenu un gros mot. Tout d’un coup, si tu te disais féministe, tu étais une espèce de harpie avec un col roulé qui voulait émasculer les hommes, ce qui n’a aucun sens puisque le féminisme demande juste l’égalité des droits. Les hommes sont un peu perdus aussi, je pense, parce que pendant des siècles de patriarcat ils ont pu faire ce qu’ils voulaient et qu’aujourd’hui ils doivent eux aussi repenser la sexualité.

Tu cites Anaïs Nin au début de ton livre. Qui sont les écrivains érotiques qui t’ont le plus marquée, qui ont joué un rôle dans le développement de ton imaginaire et dans ton rapport avec tes désirs ?

Je n’en ai pas lu beaucoup. Je voue vraiment un culte total à Anaïs Nin. J’aime qu’elle parle de sexualité non pas pour parler de sexualité mais parce qu’elle parle de rapports humains, de relations amoureuses, d’elle-même. C’est de cette manière-là dont j’aime parler, lire et écrire sur la sexualité.
J’ai aussi voulu écrire Douze pace que j’avais lu 50 Shades of Grey, qui est assez catastrophique puisque l’héroïne parle quand même de déesses intérieures quand elle jouit. Et je m’étais dit qu’il allait vraiment falloir écrire quelque chose de moderne, avec une sexualité moderne, qui ne raconte pas l’histoire d’une fille qui tombe amoureuse d’un milliardaire qui pilote des avions et a une tour en forme de pénis.

Que ce soit dans la mise en scène de la performance d12ouze ou dans le livre Douze, qu’est-ce qui te plaît dans ce travail sur l’intime ?

J’aime travailler sur des sujets qui me parlent, comme tout le monde je crois. Et je suis un peu paumée – je pense que ça se voit dans le livre – au sujet de ma propre intimité, de mes relations avec les hommes et les femmes. Me découvrir moi-même a été compliqué, parce que je suis passée par plein d’étapes. J’ai essayé de comprendre ce que j’aimais, ce ne que je n’aimais pas, comment je jouissais, ce qui me faisait jouir, ce qui ne me faisait pas jouir, ma relation avec mon corps. Et avec ce livre, qui raconte des relations assez lambda, j’ai eu envie de montrer que ces problématiques touchaient absolument tout le monde. Je crois qu’en parler permet de chercher une manière bienveillante d’être ensemble, de vivre ensemble, de faire en sorte que l‘on se sente tous bien. Parce que j’ai une grande théorie : je suis persuadée que si tout le monde avait une sexualité épanouie, il n’y aurait plus de guerre. J’en suis sûre et certaine, parce qu’il y aurait moins de frustrations. Alors pourquoi parler de l’intime ? Parce qu’avant de parler du collectif, il faut parler de soi et se comprendre. Je crois qu’il faut procéder dans cet ordre, comme quand on dit qu’on rencontrera quelqu’un qui nous aime à notre juste valeur le jour où on s’aimera soi.

2019 est une année riche pour toi car en avril s’est joué Heroes, ce spectacle immersif autour du rock, dont tu as été la metteuse en scène. Comment s’est montée cette performance que vous allez rejouer bientôt ?

En novembre dernier, alors que je finissais la performance d12ouze, j’avais très envie de faire un gros spectacle autour du rock, parce que je viens du rock et que la musique c’est vraiment plus que mon ADN. Le problème du théâtre immersif c’est que, comme tu n’as pas de scène, pas de quatrième mur, il te faut des lieux gigantesques, beaucoup d’espace, beaucoup de pièces aussi la plupart du temps, surtout pour moi qui propose des expériences immersives très expérientielles. Dans le théâtre immersif, les gens vivent une expérience, ils rentrent et ils sortent, ils ne sont plus les mêmes personnes au début et à la fin. On actionne des choses, les spectateurs sont bousculés, ils deviennent acteurs. Pour Heroes, j’ai dans un premier temps voulu faire un spectacle avec une trentaine de comédiens, ce qui était déjà beaucoup. Je l’ai proposé au Bus Palladium, qui est un lieu que j’aime beaucoup, et ils ont accepté. Ensuite, ça a été très vite. Je me suis entourée d’un co-metteur en scène, Jules Guillemet, et d’auteurs, Laure Garnier, Camille Jourde, Laurent Henode. Des gens exceptionnels avec qui j’ai coécrit ce spectacle qui dure trois heures en un mois. Et de 30 comédiens, on est passés à 50, puis 60, et enfin 90 comédiens, performeurs, chanteurs, danseurs… Une équipe de dingue, des gens géniaux. On a joué devant 200 spectateurs au Bus Palladium en avril ce qui devait être un one shot et finalement c’était tellement bien que nous allons poursuivre le spectacle mais sous une nouvelle forme. Financièrement c’est impossible pour le moment de le faire sous cette forme-là, avec 90 personnes, mais on a réécrit tout le spectacle et on va le rejouer à partir du mois de novembre.

Dot Pierson, co-créatrice de HEROES – Vidéo report soirée du 11/04 au Bus Palladium

Qui sont les femmes qui t’inspirent ?

Il suffit de prendre tous les livres de Pénélope Bagieu, de les ouvrir, pour se dire que toutes les « culottées » dont elle raconte l’histoire sont inspirantes. Pour moi, il y à Anaïs Nin, évidemment. Frida Kahlo, forcément. Il y a aussi beaucoup de musiciennes, comme PJ Harvey, des actrices, comme Meryl Streep. Et j’adore Julie Delpy, qui a fait des films formidables, qui a une carrière exceptionnelle. Il y a aussi Michelle Obama, c’est mon héroïne, et j’aime beaucoup Alexandra Occasio-Cortez, la femme politique qui est devenue la plus jeune candidate élue au Congrès américain.
En ce moment, je lis l’écossaise Emer O’Toole, une nana géniale qui s’interroge sur plein de choses. Elle travaille sur l’intimité, le genre, le corps, et elle a une façon d’écrire absolument fabuleuse. Elle est très bienveillante, elle désacralise beaucoup de choses.
Et je suis aussi fascinée par le travail de la physicienne Leah Broussard. Elle est exceptionnelle. Elle est en train de suivre le travail de Stephen Hawking qui part du principe qu’il y a plusieurs univers parallèles. Personnellement, j’ai une grosse fascination pour le principe de réalité qui dit que la réalité n’existe pas. Heroes s’inspire beaucoup de ça et je pense que mon prochain livre aussi parlera du fait de construire ses propres réalités. C’est une idée que l’on retrouve dans la méditation transcendantale, l’idée que la nature et la réalité n’existent pas, que c’est toi qui construis ta propre réalité. C’est le principe de la pensée magique. Si tu te dis que tu as très envie de rencontrer quelqu’un et d’avoir une relation passionnée, que tu as très envie d’avoir un boulot dans lequel tu t’épanouis énormément, le fait de le penser, de le répéter, d’en parler fréquemment, de le dire à l’univers, fait que ça arrive. L’univers peut te donner tout ce que tu veux, il faut lui demander. Mais si toi tu demandes quelque chose, il faut aussi que tu donnes, que tu fasses ton maximum pour être une bonne personne. Et dans ce principe de réalité, cette chercheuse, Leah Broussard, est en train d’essayer de prouver que des mondes parallèles existent en essayant de lancer un neutron dans un autre espace. Je trouve ça passionnant !

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