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Claire Assali, actrice et metteuse en scène de Sexpowerment

« On peut avoir confiance dans le processus de la vie. Si on s’implique un peu dans son propre chemin, même si ça prend du temps, on ne va que vers le meilleur. »

11 septembre 2019

Claire Assali

Photo de Claire Assali – Crédit : Victoria Rastello

En septembre 2018, il y a un an, j’étais allée voir l’adaptation de l’essai Sexpowerment de Camille Emmanuelle par Claire Assali et Lisa Wisnia à La Nouvelle Seine. J’avais été très touchée en lisant l’essai et j’ai ressenti beaucoup d’émotion en assistant au spectacle. Après une année de représentations, j’ai eu envie de rencontrer Claire pour parler avec elle de Sexpowerment mais aussi de ses autres projets. Alors on a parlé création, développement personnel, lignée de femmes, sexualité, liberté. On a parlé de tous les freins qu’on peut se mettre, en lien avec sa propre histoire, et du cheminement qui fait qu’on s’autorise enfin à créer, à prendre sa place, à être libre. On a parlé de cette pulsion de vie qui permet de créer et d’être heureuse.

Claire, tu es comédienne et metteuse en scène. Est-ce que c’était le métier dont tu rêvais quand tu étais enfant ?

Je ne pensais pas en termes de métier. Le théâtre m’a appelée à l’adolescence, le jour où j’ai fait du théâtre avec quelqu’un qui avait un très beau regard sur les gens et sur les textes et que j’ai senti que quelque chose pouvait s’exprimer. Ça m’a appelée et ça ne m’a plus lâchée, même si je n’avais aucune conscience de la réalité professionnelle. Après mon bac, j’ai fait une hypokhâgne parce que j’étais une très bonne élève, destinée à de très bonnes études, sérieuses et rassurantes. Ça m’a moyennement plu parce que je n’avais pas envie d’avoir ce concours, ça n’avait pas de sens. L’année suivante, je suis venue à Paris pour faire une école de théâtre et j’ai fait une licence de Lettres modernes en même temps. L’école de théâtre c’était génial, c’était la liberté, c’était beaucoup de travail aussi mais plein de sens, plein de rencontres, plein d’expériences, de découverte de soi… C’était super, mais après, quand tu ne connais personne dans ce métier, tu débarques dans une espèce de vide. Alors je me suis pas mal investie dans des projets avec mon ex-mari que j’avais rencontré à l’école de théâtre et qui avait déjà créé sa compagnie.
Mais devenir moi-même metteuse en scène est venu plus tardivement quand je me suis enfin rendu compte que j’étais capable de créer des choses et pas juste de prendre une place dans les projets des autres. Pendant longtemps j’étais très empêchée et c’est en travaillant sur moi, en levant ces empêchements, que la liberté de créer est venue. Avant Sexpowerment j’ai mis en scène un spectacle de théâtre musical pour enfants, j’ai réalisé un court-métrage. Cela fait 4 ans que je suis dans ce processus d’aller de l’intuition et de l’envie jusqu’à la création dans la matière : le fait d’avoir une idée et de se dire que dans un an il y aura des gens sur un plateau payés en train de faire ce que tu as imaginé. Comme j’avais fait beaucoup d’assistanat avant, toujours à côté de celui ou de celle qui crée, j’avais une idée de comment on construit un projet, de comment on l’écrit, de comment on le développe. J’avais une expérience mais c’était une place que je ne prenais pas. Alors qu’aujourd’hui je n’imagine plus ne pas faire ça.

Affiche du spectacle Sexpowerment

Sexpowerment

Depuis 2018, tu joues avec Lisa Wisnia une adaptation de Sexpowerment de Camille Emmanuelle dont vous signez l’adaptation. Qu’est-ce qui vous a donné envie de transformer un essai politique en pièce de théâtre ?

Quand on s’est rencontrées avec Lisa, on a très vite décidé d’écrire un spectacle ensemble et de le jouer. On lisait des trucs, on parlait beaucoup, on essayait de comprendre de quoi on voulait parler, on travaillait déjà autour de la question de la liberté individuelle mais plus orientée sur la quête du bonheur parce qu’on s’est rencontrées dans un stage de développement personnel. Au bout d’un an et demi de recherches, on avançait mais on ne trouvait pas notre truc. Notre spectacle s’appelait Je vais bien à l’époque et c’était super mais on voyait bien qu’on n’était pas au cœur du cœur. Et puis pendant l’été 2016, nous avons chacune en même temps été prises par nos propres histoires, dans des urgences à transformer le rapport qu’on avait à notre sexualité. Et il y a eu une espèce de synchronicité. Lisa a été interpellée dans un magazine par une phrase de Camille Emmanuelle qui venait de sortir son livre et sa mère lui a envoyé le livre presque en même temps. Et moi, au même moment, je me suis engagée à parler de sexualité toute ma vie pour réparer le silence, à transformer ma propre sexualité et à en faire quelque chose avec la parole. Lisa m’a alors parlé de Sexpowerment et ça s’est imposé. On s’est dit que oui, c’était ce texte que nous allions adapter et mettre en scène.
Et à partir de là, ça a été deux ans de recherches et de création. Au début nous étions deux sur scène, puis on s’est dit qu’il faudrait qu’on soit quatre mais ça ne marchait pas, et puis après on s’est dit qu’il nous fallait un homme sur scène… On n’assumait pas totalement de nous mettre en scène et de jouer dedans. Il a fallu qu’on se prenne un gros flop sur une échéance pour décider de repartir de zéro et le départ c’était Lisa et moi et nos histoires. C’est nous qui avions ressenti cette nécessité et personne d’autre ne pouvait le raconter. C’était en avril 2018. Et là on a eu l’opportunité de jouer une première forme du spectacle, puis une première date à La Nouvelle Seine trois mois plus tard. Ça a donc été un long processus, deux ans à être connectées à ce thème tous les jours. Tous les jours on parlait de sexualité, on interviewait nos proches, on lisait des trucs tout le temps… On avait contacté Camille tout de suite pour avoir son autorisation, elle nous a dit oui et nous a laissées très libres. On lui a fait lire ce qu’on avait écrit quand il y a eu la première date pour le show case, elle a trouvé ça super, et elle est venue car à cette première date il y avait un entretien avec elle après les 40 minutes de présentation. Après on a discuté de certaines choses du texte, elle a fait des apports, mais elle n’a pas écrit avec nous le spectacle. Elle nous a laissé carte blanche.

« J’étais très sensible à la notion de s’inventer en tant que femme dont Camille parle beaucoup en déconstruisant les modèles qu’elle a reçus, les injonctions contradictoires. »

Qu’est-ce qui vous a le plus touchées dans la pensée de Camille Emmanuelle ?

Ça n’était pas exactement les mêmes choses pour Lisa et moi. Moi j’étais très sensible à la notion de s’inventer en tant que femme dont Camille parle beaucoup en déconstruisant les modèles qu’elle a reçus, les injonctions contradictoires, et comment elle s’est composée sur le plan esthétique et sur celui de la pensée, dans son rapport à son corps. Ça m’a parlé hyper fort. Lisa, elle, était plus touchée je crois par l’idée qu’on avait le droit de tout faire, que le sexe est égal à ce qu’on veut. Et il y a plein de phrases qui, quand tu les lis, te font penser : « Ah, d’accord, je ne suis pas la seule à me dire ça.
On a aussi été touchées par le rapport à la liberté, le fait de pouvoir se dire qu’on a le droit de créer la vie qui nous va vraiment et dans la sexualité aussi. Et ça nécessite de s’emparer du sujet, de le revisiter, de nettoyer les croyances limitantes, d’expérimenter des choses. La sexualité c’est tellement un miroir, on peut tellement se voir dans ce miroir-là, se rencontrer soi-même, très fort. Et d’ailleurs je trouve ça chouette aussi, en ayant travaillé ce thème, de pouvoir vivre ma sexualité d’une façon différente d’il y a un an, deux ans, trois ans. L’amour de soi se mesure sur ce terrain-là, dans le rapport à son corps, la facilité à dire les choses. C’est un travail de tous les jours.

Après un an de représentations à La Nouvelle Seine, vous avez joué au festival d’Avignon en juillet. Avez-vous d’autres projets autour de Sexpowerment ?

C’était super de jouer à Avignon parce que c’est une ville faite pour ça. Le festival est comme une fête. Pour nous c’était vraiment, aussi, un rendez-vous professionnel parce que c’était un moyen de concentrer des programmateurs, parce ce qu’on rêverait de faire une reprise à Paris dans un autre lieu et une tournée en France voire dans d’autres pays francophones. On a reçu toute l’année des mails de gens dans d’autres villes qui nous ont demandé quand est-ce qu’on venait à Lyon, à Strasbourg… sauf que pour faire ça il faut une équipe et donc des sous. Et c’est ce qu’on cherche, enfin c’est ce qu’on demande à l’univers (rires). Avignon nous a donné la possibilité d’être vues par des gens et c’était une très belle représentation.

On parle aujourd’hui bien plus qu’avant de sexualité positive et de plaisir féminin. As-tu l’impression que cette libération de la parole a un impact réel sur l’intimité des femmes ?

Oui, je crois que ça autorise à dire ce qui ne va pas, que ça remet de la simplicité dans le fait de parler de soi, de ce qu’on vit et de la sexualité comme d’un sujet de la vie, pas comme d’un sujet à part. Et j’ai l’impression que c’est le plus important. Je le vois aussi pas mal parce que j’ai une autre activité, je fais des massages, plutôt au service d’un accompagnement thérapeutique. Et parfois, des clientes arrivent pour des massages parce qu’elles ont vu Sexpowerment, parce qu’elles sentent qu’il y a une certaine écoute, une certaine conscience, une connexion. Comme je travaille sur leurs corps, la sexualité est parfois un sujet. Et j’ai l’impression qu’il y a un truc qui s’ouvre, une autorisation, qu’on a le droit de prendre soin de soi en tant que femme, qu’on peut se plonger dans le sujet plus simplement. Et moi, comme j’ai fait ce spectacle, je me sens beaucoup plus libre d’en parler à mes clientes, de leur poser la question, de leur demander si leur sexualité se passe bien si je sens quelque chose de particulier dans leur corps. Je me sens aussi plus libre d’en parler à mon entourage, je pense notamment à mes cousines qui sont des jeunes femmes de 20-25 ans, à qui je dis « c’est hyper important tu sais, tu as le droit de vivre ça bien, ça compte, ça va te donner de l’énergie dans la vie d’être épanouie sexuellement… » Et c’est chouette, je trouve.

Claire Assali

Crédit : Victoria Rastello

Quels sont tes projets ?

J’ai tout ce pan de développement personnel, d’activité de massage et d’accompagnement. Et j’ai aussi commencé à faire des ateliers. On en a fait deux l’hiver dernier avec Lisa, chez My Little Paris, car ils avaient fait un Pop-up éphémère sur les règles. Et là, dans leur semaine sur le corps chez Mona, en juin, j’ai refait un atelier de 3 heures que j’ai animé toute seule qui s’appelait « De la peur au désir dans la sexualité ». C’était super. Il y avait des couples, des gens tout seul. Et j’en ai créé un autre que je vais co-animer fin septembre avec un autre thérapeute, Angelo Foley, qui va s’appeler « Créer l’alliance entre son féminin et son masculin ».
Et je vais aussi certainement animer des cercles de femmes à partir de l’automne. Je vais travailler avec Camille Sfez, une psychologue qui a écrit un livre qui s’appelle La puissance du féminin. C’est de la spiritualité très concrète sur faire la paix avec son corps, avec son cycle, avec son histoire, sa lignée de femmes, avec la jeune fille qu’on a été qui n’a pas forcément été bien accompagnée dans son passage à l’âge de femme, avec tout ce qui s’est passé avec les grossesses, les naissances. C’est hyper beau et Camille Sfez chemine dans ce spectre depuis un moment. Elle a créé « Les Tentes Rouges ». Ça vient d’Amérique. C’était des espaces de ressourcement pour les femmes, dans les villages, où les femmes se réunissaient pendant leurs règles, leurs « lunes », pour se reposer, se transmettre des choses, pendre soin les unes des autres et être connectées à leur intuition qui est très développée pendant les règles. Camille a importé ça à Paris où « Les Tentes Rouges » sont des cercles de parole qui ont lieu chaque mois, souvent à la nouvelle lune. Elle n’en anime plus mais elle a formé tout un tas d’autres femmes qui le font. Tu te réunis en cercle, il y a un tout rituel d’ouverture, une petite méditation, et après chacune a un temps de parole défini. Il y a un bâton de parole et chacune est libre d’exprimer ce qu’elle veut et tout le groupe écoute. Il n’y a pas de thème, pas de commentaires, pas de coaching, pas de solution, il y a juste une écoute. Et c’est d’une puissance… J’en ai encore la chair de poule. C’est magnifique de pouvoir se déposer et d’être écoutée par une dizaine d’autres femmes de tous âges, des femmes qui sont évidemment toutes comme toi et toutes pas comme toi à la fois, et d’entendre leurs vécus parfois très joyeux, parfois dramatiques, parfois pleins de questions. Il y a de la place pour tout en fait. Et à la fin il y a un petit rituel de clôture, on partage un thé. On se réunit vers 19h et en général ça se termine à 22 h. C’est simple mais c’est très puissant. Je vois bien le besoin de parler, d’être écoutée, et je vais me former auprès de Camille Sfez pour pouvoir en animer moi aussi.
Et j’ai quelque chose à écrire aussi, un livre. Ce sera sans doute mon projet de création de l’année prochaine. Ce sera à mon avis un texte entre récit intime et transmission de principes de vie. Et au théâtre je vais sûrement collaborer à une pièce sur le cycle des femmes qui va s’appeler Jour, qui va mettre en scène plusieurs femmes dans les mouvements de leurs cycles. C’est un projet qu’on m’a invitée à co-créer. A suivre !

Qui sont les femmes qui t’inspirent ?

Je réponds souvent Juliette Binoche parce qu’elle reste une de mes actrices fétiches, parce que j’aime beaucoup sa liberté, sa beauté et sa spiritualité. J’aime son incarnation, sa manière de s’exprimer, tout ce qui est spirituel dans son regard. J’ai aussi une thérapeute qui m’inspire énormément. Mes amies m’inspirent. Et là je viens de voir le film de Maï Hua, une vidéaste qui travaille sur la couleur et a un blog très influent. Elle a réalisé un film qui a été encore peu diffusé mais que j’ai eu la chance de voir qui s’appelle Les rivières. Pendant plusieurs années, elle a fait un documentaire sur sa lignée de femmes et sa propre histoire, celle de sa mère, de sa grand-mère. Et ça m’a totalement inspirée qu’elle ait osé créer des choses en lien avec son intimité mais qui peuvent en même temps guider tout le monde. C’est universel. Et je vois aussi parfois des mères à l’école de ma fille qui n’ont pas créé une œuvre spéciale mais m’inspirent beaucoup dans leur manière de faire ou de dire quelque chose à leur enfant.

Ta couleur préférée ?

Je dirais le blanc. Et en ce moment je suis aussi très connectée au bleu, il est tout le temps là.

Une chose que tu aurais envie d’ajouter ?

Ce que je vois beaucoup ces jours-ci, c’est vraiment qu’on peut avoir confiance dans le processus de la vie. Si on s’implique un peu dans son propre chemin, même si ça prend du temps, on ne va que vers le meilleur. Et ça, ça me réjouit et j’ai envie de le dire à tout le monde


Vous pouvez suivre Claire sur Instagram @claire.assali
Suivre l’actualité de @sexpowerment_le_spectacle
Prendre rendez-vous avec elle pour un massage : claireassalimassage.com

Et il est encore possible de s’inscrire au workshop sur le féminin/masculin que Claire co-animera fin septembre.




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