Un prénom d’héroïne…

LE DICTIONNAIRE DES PRÉNOMS LITTÉRAIRES DE SARAH SAUQUET NOUS TRANSFORME EN PERSONNAGES DE ROMAN

7 février 2019

Sarah Sauquet - Livre Un prénom d’héroïne…

(Crédits : vignette (c) Scander Aidoudi / couverture du livre Un prénom de héros et d’héroïne, éditions Le Robert)

Nous avions rencontré Sarah Sauquet en septembre dernier. Elle nous avait parlé de son parcours, de ses projets, de sa vie de maman, de femmes inspirantes. Professeure de Lettres, auteure et créatrice de l’application mobile « Un texte à jour », Sarah nous avait aussi parlé du nouveau livre sur lequel elle travaillait alors : un dictionnaire des prénoms littéraires.
Publié le 7 février aux éditions Le Robert, Un prénom de héros et d’héroïne permet à Sarah de réaliser le pari de faire découvrir à chacun les secrets de son prénom à travers les parcours de personnages de roman. Elle démontre une fois de plus que les textes littéraires ont beaucoup à nous apprendre, et ce dans un ouvrage accessible, beau, séduisant, que l’on meurt déjà d’envie d’offrir à tous nos proches !

Sarah, depuis quand nourrissais-tu ce projet de dictionnaire ?

Depuis toujours, ou presque ! Avant d’être une passionnée de littérature, j’aime les gens, j’aime les mots, et les prénoms constituent une conjonction naturelle de ces centres d’intérêt. Je trouve qu’un prénom peut dire énormément de choses d’une personne – il influe même sur notre perception d’autrui – mais surtout de ceux qui le choisissent.
Il peut témoigner d’origines géographiques, culturelles ou sociales, renvoyer à une histoire familiale, rendre hommage à quelqu’un, secrètement ou non d’ailleurs. Les motivations à l’attribution d’un prénom sont aussi mystérieuses que complexes !

Je me suis donc très tôt intéressée aux prénoms des personnes de mon entourage, mais également à ceux des héros de papier dont je lisais les aventures. Pourquoi un auteur choisit-il d’appeler son héroïne Jeanne, ou Laura, plutôt que Bérénice ou Anna ? Qu’exprime ce choix ? Ces questions m’intéressaient d’autant plus qu’il n’est pas rare que le prénom d’un personnage exprime en lui-même une signification (Emma Bovary est par exemple celle qui aima, Constance Chatterley incarne une forme de courage et de constance dans son évolution personnelle), et qu’il y a, bien souvent, de troublantes similitude entre plusieurs personnages portant le même prénom, parfois à plusieurs siècles d’écart. Prenons par exemple Cécile de Volanges, l’héroïne des Liaisons dangereuses, et Cécile dans Bonjour tristesse. Ce sont toutes deux des femmes qui doivent composer avec l’absence d’une mère, qui connaissent une éducation sentimentale et sont aiguillées par une femme plus âgée (Mme de Merteuil ou Anne Larsen). Pourquoi ? Françoise Sagan a-t-elle voulu rendre hommage à Laclos en choisissant ce prénom ? Voilà certaines des questions que je me suis très tôt posées et que soulève ce dictionnaire.

Vous l’aurez compris, l’idée d’un tel livre a donc très tôt germé dans mon esprit mais il aura fallu beaucoup d’années pour qu’il se concrétise. Je suis très reconnaissante aux éditions Le Robert d’avoir cru en ce projet et d’avoir su lui donner l’ampleur que je souhaitais lui conférer.

Sarah Sauquet - Livre Un prénom d’héroïne…

Crédit : Sarah Sauquet

Comment ton dictionnaire est-il organisé ?

Le livre comporte 244 prénoms (122 féminins, 122 masculins), deux couvertures et il se lit dans les deux sens, selon si vous souhaitez consulter les prénoms féminins ou masculins. Chaque prénom est abordé à travers 1 à 4 personnages. Il y a à chaque fois les invariants du prénom (4 adjectifs qui le définissent), un extrait littéraire, une présentation du personnage et surtout une évocation des valeurs qui sont les siennes, de ce qu’il incarne. Si le prénom du personnage ne vous plaît pas mais que le parcours de vie ou la symbolique de ce personnage vous inspirent, on vous propose un renvoi vers un autre personnage. Comme il était parfois impossible de se consacrer à tous les personnages portant un même prénom (il existe des dizaines de Pierre ou d’Élisabeth en littérature), certains personnages sont évoqués très rapidement, en complément.

Une des originalités de cet ouvrage réside dans le choix des prénoms. Je me suis bien sûr attardée sur les prénoms littéraires incontournables de la littérature (qu’il s’agisse d’Ulysse, Tristan, Ariane ou Manon, pour ne citer qu’eux) mais aussi et surtout sur les prénoms les plus donnés en 2018. Vous y trouverez ainsi les prénoms Jade, Hugo, Lucas, Jules, Noémie, ou Lily, qui sont a priori peu donnés en littérature. Enfin, j’ai tenu à proposer un panorama de la littérature mondiale, et de nombreux prénoms d’origine étrangère (qu’il s’agisse d’Omar, Ramatoulaye, ou Esteban par exemple) sont également évoqués. Je ne voulais surtout pas d’un ouvrage « classico-classique » qui ne se serait attardé que sur un certain type de littérature, ou un certain type de prénoms.

Pourquoi certains personnages de la littérature sont-ils devenus des archétypes qui font que nous attribuons inconsciemment une personnalité ou un caractère à un prénom ?

C’est un vaste sujet, qui rejoint celui du succès ou de la renommée d’une œuvre d’art. Pourquoi, à un moment, un personnage rentre-t-il en symbiose avec le monde, au point de supplanter l’œuvre dont il est issu ? Il m’est très difficile de répondre à cette question.
Une chose est sûre, un personnage devient un archétype lorsqu’il atteint à l’universel, à une forme de quintessence, et que le lecteur associe parfaitement le personnage au caractère qui est le sien. Ainsi, Dom Juan est le séducteur parfait, Tartuffe, l’hypocrite, Harpagon, l’avare, Emma Bovary la romantique insatisfaite…
Mais, au-delà de l’universalité du personnage, j’aime à penser qu’un héros devient également un archétype lorsque le lecteur trouve que le personnage incarne bien son patronyme, que son nom et son prénom lui conviennent bien.

Notre éditorial de février se décline autour de la couleur Jaune Impérial. Peux-tu nous donner des héros ou héroïnes incarnant la conquête, la puissance, la force de caractère ?

Oh que oui ! Écrire cet ouvrage était un moyen de mettre en avant des héros et héroïnes magnifiques et conquérants, et de porter, parfois, un autre regard sur certains prénoms. Je pense bien sûr à Aurore de Lautenbourg-Detmold dans Kœnigsmark, de Pierre Benoit, une princesse originaire des steppes mongoles. Il y a aussi l’incroyable Pélagie-la-Charrette, dans le roman d’Antonine Maillet, une Acadienne déportée en Géorgie et qui, quinze années durant, tente l’impossible pour rejoindre l’Acadie. Je pense à Ramatoulaye Fall, l’héroïne d’Une si longue lettre, de Mariama Bâ, un livre essentiel pour la pensée féministe. Chez les hommes, je pourrais vous parler de guerriers comme Ulysse, Achille, ou Hector, d’un séducteur tel que Solal dans Belle du Seigneur, mais j’aime quand l’héroïsme et la conquête se parent de discrétion. Je pourrais alors vous parler du formidable et vulnérable Pierre Bézoukhov dans Guerre et Paix, ou d’Adrien Arnaud dans Aurélien de Louis Aragon.

Sarah Sauquet - Livre Un prénom d’héroïne…

Crédit : Scander Aidoudi

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