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Ophélie Latil de Georgette Sand

Le collectif Georgette Sand s’engage pour l’empowerment féminin et contre l’invisibilisation des femmes

10 juillet 2019

georgette sand

Crédit : Ophélie Latil

S’inspirant de l’écrivaine George Sand, le collectif Georgette Sand a été créé en 2013 lorsque sa fondatrice Ophélie Latil s’est demandé s’il fallait vraiment s’appeler George pour être pris au sérieux. Le collectif est connu pour son action de lobbying, notamment grâce aux campagnes « taxe rose » – pour la reconnaissance de la taxation excessive des produits genrés – et « taxe tampon » qui a abouti à une baisse de la TVA sur les protections menstruelles féminines de 20% à 5,5%. Le collectif œuvre aussi pour la déconstruction des stéréotypes de genre et contre l’invisibilisation des femmes dans l’espace public et dans l’Histoire. C’est de cette démarche dont est issu le livre Ni vues ni connues, paru en 2017, qui dresse les portraits de 75 femmes dont les noms et les exploits sont absents des plaques des rues et des manuels scolaires. Un second opus de Ni vues ni connues paraîtra début 2020.

On a rencontré Ophélie Latil pour parler avec elle de la genèse de Georgette Sand et des actions du collectif qui a choisi pour sa communication deux couleurs emblématiques du combat des femmes pour l’égalité et la liberté : un violet franc et un vert vif et piquant, en hommage aux couleurs des suffragettes anglaises qui sont également présentes dans le drapeau LGBT pour symboliser la non binarité masculin-féminin. Une double référence de couleurs, aujourd’hui reprises dans le cadre de luttes féministes, notamment par les femmes qui se battent pour le droit à l’avortement en Amérique Latine.

Ophélie, peux-tu nous parler de la genèse de Georgette Sand ? Comment as-tu eu l’idée de créer ce collectif qui promeut l’empowerment féminin ?

J’ai reçu une éducation féministe par ma mère et j’avais été militante dans d’autres collectifs. Pendant des années, j’ai été animatrice de plusieurs structures associatives, notamment de « Génération Précaire », avec qui nous avons obtenu la mise en place d’un droit commun pour les stagiaires en faisant du lobbying, et de « Jeudi Noir » qui était un collectif de squatteurs qui s’est battu contre l’inflation des loyers dans les grands centres urbains. Et j’ai aussi participé à la création du collectif « Sauvons les riches » qui luttait pour la mise en place d’un salaire maximum en entreprise. Avec tous ces collectifs, on était très présents dans les médias, mais on a fini par se rendre compte que les hommes de nos collectifs étaient considérés comme des héros et présentés comme tels, alors que les femmes étaient complètement invisibilisées. Par exemple, nos noms n’étaient pas marqués sous les photos où on pouvait seulement lire « militante » ou « égérie » du collectif jeudi noir, alors que les hommes avaient toujours leur nom et leur prénom. Il pouvait aussi m’arriver de passer deux heures avec une journaliste pour parler de notre lutte et quand je découvrais l’article mes propos étaient prêtés à un des garçons du collectif, dans une citation avec son nom et son prénom, alors que moi j’avais juste droit à la mention de mon prénom à la fin de l’article en lien avec une petite anecdote. Au début, je me disais que ça n’était pas grave, que je ne faisais pas ça pour moi, que je faisais une crise d’égo, et puis j’ai fini par réaliser que ça n’était pas juste. Pourquoi les hommes auraient le droit d’avoir une vision politique sérieuse, un nom et un prénom, d’apparaître dans les médias, et pas nous ? Notre travail, dans le militantisme comme ailleurs, n’est pas valorisé, il est invisibilisé, minimisé, on passe pour les petites mains. Et c’est là que je me suis dit : est-ce qu’on a vraiment besoin de s’appeler Jean-Pierre ou George pour être prise au sérieux ?

« Pourquoi les hommes auraient le droit d’avoir un nom et un prénom, d’apparaître dans les médias, et pas nous ? »

Quel est le concept de Georgette Sand ?

Je voulais travailler sur la représentation des femmes dans les médias. J’en ai parlé à une copine qui m’a tout de suite rejoint, suivie par une autre et encore une autre. On était en 2013 et on avait envie de faire quelque chose de vraiment nouveau. On voulait créer une nouvelle communauté en faisant preuve d’humour et en utilisant un ton impertinent. En parlant de l’invisibilité des femmes dans l’espace public, on s’est rendu compte que ça ouvrait sur l’invisibilité des femmes dans l’histoire car on en trouve finalement peu à l’exception de Marie-Antoinette la méchante dépensière ou d’Aliénor d’Aquitaine et Catherine de Médicis les méchantes folles et sanguinaires. Ce constat nous a amenées à travailler sur la question des stéréotypes socio-culturels qui font que les femmes sont toujours soit douces et gentilles, soit méchantes, manipulatrices et assoiffées de pouvoir. On a alors travaillé sur le langage, on a organisé des concours d’insolence pour inciter les gens à créer des insultes qui ne soient ni sexistes, ni racistes, ni homophobes. On a aussi travaillé sur les masculinités en montrant que si nous on était obligées d’être douces, gentilles et de porter des couleurs pastel, les hommes eux étaient censés être forts, bien gagner leurs vies, alors qu’ils ont aussi le droit de pleurer, d’avoir des petites voitures et même de ne pas aimer conduire. Tout ce travail a encouragé des hommes à nous rejoindre et nous sommes donc un collectif mixte. On est aujourd’hui entre 20 et 30 dans les groupes de travail à fournir un gros travail bénévole et une centaine de personnes sur la liste en elle-même. Comme on est assez dynamiques sur les réseaux sociaux, il y a aussi plein de gens qui ne sont pas sur le groupe mais qui sont nos alliés.

« En parlant de l’invisibilité des femmes dans l’espace public, on s’est rendu compte que ça ouvrait sur l’invisibilité des femmes dans l’histoire. »

Georgette Sand

Crédit : Georgette Sand

Comment agissez-vous concrètement ?

On a une action publique, une action collaborative en ligne et une action de terrain. Dans l’action publique, nous faisons du lobbying avec des revendications bien précises et un aspect collectif. En allant à l’Assemblée Nationale en 2015 au moment du vote de la loi de finance, on a par exemple obtenu la baisse de 20 à 5,5% de la TVA sur les protections menstruelles qu’on avait appelée « taxe tampon ». On est également allées à Bercy pour demander une enquête sur la « taxe rose », c’est-à-dire les prix différenciés entre les produits pour femmes et les produits pour hommes. Nous avons aussi demandé à l’Assemblée et au Sénat une loi pour l’inéligibilité des élus en cas de violences physiques et sexuelles. Ce sont des choses que nous avons obtenues.

En ce moment, on demande un plan précarité menstruelle pour lequel nous avons été reçues en juin par le cabinet de Marlène Schiappa. Et en septembre, on va aller à Bruxelles pour demander la mise en place d’une directive obligeant les fabricants à divulguer la composition des tampons et des serviettes menstruelles. C’est un sujet qui nous tient à cœur et que nous avons contribué à emmener dans l’espace public car avant 2015 les gens ne parlaient pas du tout des règles. Il y avait un vrai problème d’information. Il faut savoir que quand nous avions été reçus à l’Élysée un conseiller nous avait dit que les protections menstruelles étaient des produits de confort car on pouvait se retenir… Il comparait le fait d’avoir ses règles à une envie d’uriner. Aujourd’hui, on parle plus de ce sujet qui est un peu moins tabou. Cet été on va avoir notre tente sur les règles avec d’autres associations au festival des Vieilles Charrues, alors qu’il y a cinq ans on n’aurait jamais pu imaginer ça.

Avec ces actions publiques, on travaille donc sur le côté collectif, avec le but de favoriser l’émancipation financière par l’entraide. Mais on travaille aussi sur l’individuel dans le cadre de nos actions de terrain. On organise des soirées à thèmes, des ateliers, en milieu scolaire, dans des musées, dans des institutions, des fondations, des entreprises… Il y est question de modèles féminins, d’émancipation, de visibilité. On cherche à déconstruire les stéréotypes socio-culturels qui font qu’on croit aujourd’hui que c’est la nature qui fait que les hommes et les femmes sont comme ça alors qu’en fait c’est la culture, des stéréotypes contre lesquels on s’est aussi battues par le biais du livre Ni vues ni connues. Notre travail sur ce livre nous a d’ailleurs conduites à développer une action collaborative qui se fait en ligne. Nous avons par exemple créé un Tumblr listant des femmes invisibilisées et demandé aux gens de nous proposer eux-mêmes d’autres biographies.

Qu’est-ce que vous mettez en place sur le terrain pour lutter contre l’invisibilité des femmes ?

Le féminisme a longtemps été l’égalité des droits civiques et civils, mais aujourd’hui c’est surtout une histoire de liberté : la liberté de t’habiller comme tu veux, de dire ce tu veux, d’être ce que tu es, d’avoir le droit de découvrir ce que tu aimes vraiment et de l’assumer. On travaille donc sur la confiance en soi, en encourageant les femmes à se présenter en donnant leur nom et leur prénom, à ne plus avoir l’air de s’excuser en disant « j’ai une petite question » mais « j’ai une question ». On fait des stages pour apprendre aux filles à se tenir dans une posture de puissance, le torse dégagé, les mains sur les hanches, en se regardant dans la glace deux minutes le matin et en se faisant des compliments, car on s’est rendu compte que cette position générait de la testostérone. On croit toujours que la testostérone est une hormone masculine, mais en fait les femmes en ont aussi et c’est au moment de nos règles, pendant lesquelles on est souvent déprimées, que nous en avons le moins. On apprend donc aux femmes, dans des ateliers individuels ou collectifs, à solliciter cette testostérone car c’est l’hormone de la confiance en soi.

« Le féminisme a longtemps été l’égalité des droits civiques et civils, mais aujourd’hui c’est surtout une histoire de liberté : la liberté de t’habiller comme tu veux, de dire ce tu veux, d’être ce que tu es, d’avoir le droit de découvrir ce que tu aimes vraiment et de l’assumer. »

Notre dernier atelier était un atelier de compliments. On s’est demandé comment la personne recevait le compliment mais aussi ce que les autres lui renvoyaient. C’était fou de constater que les adjectifs les plus utilisés étaient « solaire », « rayonnante », « facilitatrice » ou « tu es tout le temps disponible pour les autres ». Alors qu’il ne s’agit pas d’un compliment : la fille se sacrifie pour les autres. Il faut en finir avec cette logique de martyr et penser un peu à ses fesses.

On travaille aussi sur la résistance à la critique parce que si les filles ne sont pas habituées à ce qu’on leur fasse des compliments sur autre chose que sur leur physique ou leur gentillesse, elles ne sont pas non plus capables d’absorber la critique et prennent tout pour argent comptant. On leur apprend donc le système de projection pour leur montrer que la personne qui les critique parle d’elle-même et projette sa propre problématique. On réalise aussi qu’on est plus facilement en situation de rivalité avec les autres femmes alors qu’avec un homme ont est davantage en validation : c’est lui qui va me dire que mon travail est bien car c’est encore souvent lui qui a le pouvoir, qui a le fric, qui peut me dire que je suis belle dans un bar, alors que c’est souvent une autre fille qui va m’enlever ce sentiment de validation du « je suis la plus jolie du bar, la plus gentille, la plus intelligente ». Et nous, chez Georgette, on essaie de casser ce culte de la première place. On préfère les grands podiums, on promeut une sororité où nous sommes toutes gagnantes. Parce qu’une fois qu’on arrête de se comparer aux autres, on vit beaucoup plus heureuse, on gagne un temps fou dans nos interactions avec les autres. C’est ce qu’on cherche à montrer dans nos ateliers Empowermeuf.

Crédit : Georgette Sand

Un message important que tu as envie de faire passer ?

On a le droit de rater, on ne peut pas tout réussir, on n’est pas superwoman et même superwoman rate des trucs. On ne peut pas être meilleure que tout le monde et, même quand on est la meilleure de sa catégorie, il y a toujours Michelle Obama et Beyoncé au-dessus. Il faut donc se détendre, voir les choses à son échelle et surtout ne pas culpabiliser. Avec Georgette, on est vraiment dans une démarche inclusive. On milite pour en finir avec une image unique de la femme. Déjà « la femme » c’est bien pour parler d’un parfum, la femme Barbara Gould ou la femme Coco Chanel, mais il n’y a pas « une » femme. Il y a des femmes, multiples. Et heureusement !

Georgette Sand


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