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Lettre à Frida Kahlo

« On peut dire qu’avec toi tout est toujours haut en couleur, tu ne fais pas dans la demi-mesure, tu piques, tu griffes, tu exultes, tu dis ce que tu penses. »

6 juillet 2019

Frida Kahlo

Illustration de Adan Vega

Frida

Tu es un née le 6 juillet 1907, à Coyoacán au Mexique, d’une mère mexicaine aux origines indiennes et d’un père allemand ayant immigré au Mexique.

Tu es touchée très jeune, à l’âge de 6 ans, par la poliomyélite qui atteint ta colonne vertébrale et ta jambe droite dont tu ne récupèreras jamais l’usage intégral. C’est sûrement cette santé fragile qui te donne envie, dans un premier temps, d’étudier la médecine après avoir intégré à 16 ans la Escuela Nacional Preparatoria, l’un des plus prestigieux établissements de ton pays. Tu fais partie des très rares jeune filles à y étudier, la société mexicaine est encore très machiste.

Le 17 septembre 1925, alors que tu sors de l’école, que tu montes dans le bus qui te ramène chez toi, un tramway arrive. Ton corps est transpercé par une rampe en fer. La violence qu’il subit est indicible. Ta colonne vertébrale et tes jambes sont de nouveau touchées, mais aussi ton bassin, tes côtes, ton abdomen. Tu entends le craquement de tes os, de tout ce qui en toi se déchire. Tu n’as que 18 ans. Tu dois rester alitée pendant des mois, enfermée dans une chambre, tu dois porter des corsets. Tu demandes à ce qu’on installe un miroir au-dessus de ton lit et c’est à ce moment-là que tu commences à peindre. C’est ce reflet omniprésent au-dessus de toi qui t’inspire tes célèbres autoportraits. Tu écris alors : « Je ne suis pas morte et j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture. » Ton accident sera un thème fondateur, récurrent. Ta « colonne brisée », on la retrouvera dans nombre de tes œuvres.

Tu recouvres peu à peu ta mobilité. L’année 1928 est particulièrement importante pour toi. Tu t’inscris au Parti communiste et tu rencontres le peintre Diego Rivera à qui tu montres tes tableaux. Celui qui va devenir ton époux est déjà un célèbre peintre, un monstre sacré. Il est profondément touché par la force et la sincérité de tes œuvres. Votre histoire sera tumultueuse, toujours passionnée.

Vous vous mariez en 1929, puis vous vous installez à San Francisco où Diego a été convié à peindre des fresques. La vie est belle sous plein d’aspects pour toi qui aimes les plaisirs et la liberté, mais tu finis par t’ennuyer. Ton pays te manque, tu penses à ses couleurs, à ses odeurs, à ses musiques. Et tu as subi une fausse couche il y a peu, toi dont le vagin avait été transpercé par des débris de bus pendant l’accident de tes 18 ans. Pourtant tu veux un enfant. On te dit que c’est risqué mais tu veux un enfant. Et l’horreur s’invite de nouveau dans la nuit du 4 juillet 1932. Tu te vides de ton sang. Tu as mal au corps, toujours, tu as mal à l’âme. Alors tu transformes cette souffrance en peinture, encore. Quand tu sors de l’hôpital, tu peins deux de tes chefs-d’œuvre, Ma naissance, où une femme, le visage recouvert de ses draps comme d’un linceul, accouche d’un enfant mort, et Henry Ford Hospital, où tu gis nue, sur ton lit ensanglanté, entourée d’un os pelvien, d’un escargot monstrueux, d’une fleur d’orchidée et d’un fœtus.

Tu souhaites rentrer au Mexique car, même si tu admires le développement des États-Unis, tu ne te retrouves pas dans leur politique. A cette époque, Diego te trompe, beaucoup. Tu es malheureuse. Tu bois, trop. Tu as des idées noires. C’est alors qu’en 1937 Trotski et sa femme, qui viennent d’obtenir l’asile politique du Mexique, viennent vivre chez vous. Tu as une trentaine d’années, Trotski aura bientôt 60 ans. Vous tombez amoureux, tu lui donnes des rendez-vous secrets, il escalade le mur de ta maison avec une échelle, vous vous enfuyez dans l’hacienda de San Miguel Regla. Bien des années plus tard, tu confieras à une amie que ta rencontre avec Trotski fut l’« une des meilleures choses qui te soit arrivée » et que cette période fut l’une des plus fécondes de ta vie de peintre.

C’est à cette période que tu rencontres André Breton, venu lui aussi séjourner chez vous. Tu te rends à Paris peu de temps après, en 1939, pour une exposition sur le Mexique. Tu veux montrer à Diego que tu es libre et indépendante, en dépit de ta souffrance physique, de ces infernaux traitements médicaux qui jamais ne s’arrêtent. Tu rentres très déçue et par la capitale française et par les surréalistes que tu qualifies de « maudits intellectuels de mes deux », de « bons à rien » « en train de pourrir sur pieds », de « cause de tous les Hitler et Mussolini ». On peut dire qu’avec toi tout est toujours haut en couleur, tu ne fais pas dans la demi-mesure, tu piques, tu griffes, tu exultes, tu dis ce que tu penses.

Quand tu rentres au Mexique, tu découvres de nouvelles infidélités de Diego. Vous essayez de vivre l’un sans l’autre mais vous n’y parvenez pas. Vous vous remariez le 8 décembre 1940 et emménagez à la Casa Azul, à Coyoacán, là où tu as grandi.

Trois ans plus tard, tu arrives à Mexico pour assister à l’exposition qui t’est consacrée sur ton lit à baldaquin, vêtue de ta plus belle robe, une idée de Diego. Tu es heureuse. Mais le bonheur pour toi jamais ne dure. Ta jambe droite est grignotée par la gangrène, jusqu’à l’amputation. Tu as beau plaisanter alors : « Des pieds, pourquoi est-ce que j’en voudrais puisque j’ai des ailes pour voler ? », tu noies ton envie de mourir dans l’alcool. Tequila, cognac, tu te fais mal, tu essaies d’oublier les opérations, les douleurs constantes, les corsets en plâtre, les corsets en fer. La peinture reste ta seule bouée de sauvetage, ton seul exutoire à la souffrance et à la mort qui rôdent sans cesse autour de toi.

On te recommande le calme et le repos, mais tu n’y arrives pas, toi qui avant ton accident rêvais de devenir « navigatrice ou grande voyageuse ». Le 2 juillet 1954, tu surgis au milieu d’une foule révoltée, le poing levé, dans une manifestation contre l’intervention de la CIA au Guatemala. Tu en rentres avec une pneumonie. Une dizaine de jours plus tard, ton infirmière te découvre inanimée dans ta chambre. Personne ne sait si tu es morte d’une embolie pulmonaire ou si tu t’es suicidée. Et après tout, peu importe. Ce qui compte ce sont tes peintures, leur force et leurs couleurs, les mots que tu as laissés dans tes lettres et ton journal, ton combat pour créer, pour vivre, pour exister. Ta dernière œuvre s’appelle Viva la Vida et c’est cet hymne à la vie que l’on garde de toi. Car, on le comprend grâce à toi Frida, une vie, même secouée d’injustices et de souffrances, peut aller bien au-delà de ce qu’il semblait possible d’imaginer.

Laura

Par / Mint, Culture



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