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Anne-Gaëlle Huon éclaire le passé dans une Provence pleine de secrets

« J’aime les histoires dans lesquelles les vieilles dames nous disent que le meilleur reste à venir »

29 mai 2019

Anne-Gaëlle Huon

Crédit : Anne-Gaëlle Huon

Anne-Gaëlle Huon a 34 ans, une passion pour les listes et une tendresse particulière pour les personnes âgées. Son troisième roman, Même les méchants rêvent d’amour, qui vient de paraître aux Éditions Albin Michel, est inspiré du carnet que lui a confié sa grand-mère quand elle avait 20 ans. Il se déroule en Provence, dans les odeurs de de chèvrefeuille, d’olives et de lavande, là où elle a ses plus beaux souvenirs d’enfance.
On a rencontré la pétillante Anne-Gaëlle pour évoquer ses inspirations, ses projets et sa passion pour les vieilles dames. Elle nous a parlé avec douceur et sensibilité de cette forme d’appel à la transmission qu’elle exprime également dans le compte Instagram « Paroles de Grands-Mères ».

Anne-Gaëlle, ton nouveau roman, Même les méchants rêvent d’amour, vient d’être publié aux éditions Albin Michel. Peux-tu nous parler de ton parcours et de ton rapport à l’écriture ?

J’ai toujours aimé lire et écrire. J’étais assez solitaire quand j’étais enfant, j’étais hypersensible, je ne m’exprimais pas très bien à l’oral, et écrire a toujours été un moyen de mettre des mots sur un trop-plein d’émotions. J’ai toujours continué à écrire par souci de bien-être, comme un hobby plus que comme un objectif, une ambition ou un rêve. J’avais commencé une carrière dans la publicité, puis je suis partie vivre à New York avec ma famille il y a quelques années. En attendant de trouver un travail là-bas, je me suis mise à écrire un roman en me disant que j’avais deux mois devant moi. Et je l’ai auto-publié sur Amazon car je pensais, à tort ou à raison, qu’il est difficile d’être publié quand on ne connaît personne dans le milieu de l’édition. Je me suis donc lancée et, en quelques semaines, le livre est entré dans les meilleures ventes sur Amazon. L’éditeur City Éditions m’a alors contactée et a publié mon deuxième roman, Le Bonheur n’a pas de rides, qui a été numéro un des ventes sur Amazon pendant quatre mois. Je l’avais aussi envoyé aux éditions Albin Michel qui l’avaient repéré et c’est aujourd’hui chez eux que paraît mon troisième roman. C’est un vrai conte de fées qui s’est écrit pour moi. J’étais loin, à New York, et tout d’un coup plusieurs éditeurs m’ont demandé si j’avais l’idée d’un autre roman, ce qui était à la fois merveilleux et terrifiant. J’ai choisi Albin Michel en leur disant que j’avais une histoire à raconter s’inspirant de la vie de ma grand-mère.

Anne-Gaëlle Huon

Couverture du livre Même les méchants rêvent d’amour d’Anne-Gaëlle Huon

Même les méchants rêvent d’amour et ton précédent roman, Le Bonheur n’a pas de rides, ont tous les deux une grand-mère pour héroïne. D’où te vient ce rapport au passé et aux vieilles dames ?

Tout cela me dépasse un peu car j’écris à l’intuition, à l’instinct, mais quand j’essaie de faire vivre des personnages ce sont les vieilles dames qui me semblent tout de suite les plus incarnées. Je trouve que les personnes âgées font des héroïnes formidables par leur sagesse, leur humour, leur expérience dans laquelle on peut puiser pour donner de l’expérience aux personnages. J’ai aussi tendance à être nostalgique car j’étais extrêmement proche de ma grand-mère qui s’est beaucoup occupée de moi quand j’étais enfant. C’est très rassurant de repenser à ces moments qui sont sûrement ceux pendant lesquels je me suis sentie le plus en sécurité. C’est peut-être gravé dans mon esprit. J’aime bien ce parfum d’antan, la lenteur du temps, les odeurs, les sensations, le fait que l’on rit beaucoup, que rien ne soit grave, qu’il y ait une forme de légèreté rassurante. J’ai un côté très optimiste et j’aime l’idée que les personnes âgées nous disent que tout va bien se passer. J’aime les histoires dans lesquelles les vieilles dames nous disent que le meilleur reste à venir. C’est ce message que je veux faire passer dans mes romans, le fait que, même dans les moments difficiles de la vie, parce qu’il y en a, il y a toujours matière à espérer.

Peux-tu nous parler du compte Instagram « Paroles de grand-mère » que tu as récemment créé ?

Je l’ai créé en novembre dernier, sous l’impulsion des lecteurs qui me suivent depuis un petit moment et qui me parlaient beaucoup de leurs grands-mères. J’ai pensé un moment à faire un documentaire, je suis allée interviewer certaines grands-mères de lectrices parce que je voulais saisir ce qui est difficile à retranscrire dans un livre, leur diction, cette façon de parler lentement, les silences… Cela me fascine et je reviendrai peut-être à ce projet. Pour le moment, j’ai choisi de créer un compte Instagram qui me permet de capturer les petites phrases qui incarnent ces femmes, des petites phrases qui évoquent instantanément les grands-mères qui ont l’habitude de les prononcer. C’est un compte collaboratif, les gens me partagent leurs phrases que je retranscris en y ajoutant une image. Ces phrases peuvent être nostalgiques et délicates, d’autres plus coquines voire même abruptes parfois. Il faut les lire avec indulgence, les remettre dans un contexte. Ma grand-mère perd la mémoire et j’aime bien l’idée qu’en conservant ces petites phrases les vieilles dames ne tombent pas dans l’oubli.

Anne-Gaëlle Huon

Même les méchants rêvent d’amour se passe en Provence. Pourquoi ce décor ? As-tu une relation particulière avec cette région ?

Je suis née à Toulon en Provence, j’y ai passé toutes mes vacances, chez ma grand-mère qui a une maison dans les hauteurs, dans la montagne. J’ai grandi en région parisienne mais la Provence est vraiment ma région de cœur, là où j’ai vécu les moments les plus heureux. Je suis allée y passer du temps pendant l’écriture de ce roman car il est inspiré d’une histoire vraie : ma grand-mère, avant de perdre la mémoire, m’a confié un carnet dans lequel elle me révélait le plus grand secret de sa vie, une magnifique et tragique histoire d’amour. C’est un secret de famille, j’ai voulu mettre des mots sur les zones d’ombre qu’elle laissait dans ce récit parce qu’il y avait beaucoup de honte liée à sa génération, à ce qu’elle avait vécu, à ce qu’elle n’avait pas encore digéré en tant que femme. Il y avait des choses qu’elle ne révélait pas, qu’elle n’arrivait pas à dire. Pendant un an et demi, j’ai mené l’enquête sur des sites de généalogie, aidée par des bénévoles, je suis allée en mairie avec mon oncle, j’ai repris contact avec des personnes éloignées de la famille qui ont pu m’apporter des morceaux manquants du puzzle et que j’ai aussi libérées parce qu’elles détenaient certaines informations depuis très longtemps. C’était très émouvant et, comme la vraie histoire est un peu plus triste que celle que je raconte dans le roman, j’ai choisi de la réécrire telle que j’aurais aimé qu’elle soit, parce que c’est comme ça que j’ai envie de me souvenir.

Lavande en Provence

Anne-Gaëlle Huon

Crédit photo : Alfonso Navarro via Unsplash

Le terroir et les petits bonheurs de la vie sont des thèmes qui te sont chers. As-tu l’intention de continuer à les explorer dans de prochains livres ?

Oui, bien sûr, j’aime beaucoup cette idée de héros ordinaires aux vies extraordinaires. J’aime aussi beaucoup les saveurs du terroir, la gastronomie, j’ai un côté épicurien, cela me manquait quand je vivais à New York. J’aime la France de la campagne, des villages. J’aime ses paysages, ses traditions, ses savoir-faire. Les décors que l’on trouve dans Même les méchants rêvent d’amour sont donc des décors qu’on retrouvera sûrement dans mes prochains romans. Mes héroïnes ne sont pas du tout parisiennes, elles ne vivent pas à Saint-Germain des Prés, elles portent plutôt des bottes !

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Celles qui font preuve de courage avec humilité. Qui ne sont là pour impressionner personne, qui font des merveilles, parfois dans l’ombre d’un homme, et qui n’en ont même pas conscience. On pourrait évoquer Colette, ou Frida Kahlo, mais les plus inspirantes ne sont pas entrées dans l’Histoire. Écrire, c’est leur donner un visage, une voix. Leur rendre hommage.

Un livre coup de cœur à nous conseiller pour l’été ?

J’ai lu récemment Les Confidences de Marie Nimier, un vrai coup de cœur ! Marie Nimier a installé deux chaises, une table et un immense philodendron dans un appartement vide. Les yeux bandés, elle recueille les confidences des gens qui ont répondu à sa petite annonce. Des anonymes s’assoient face à elle pour lui confier leurs secrets, des anecdotes pour la plupart sans gravité mais qui nous interpellent. Il y a plein d’histoires différentes, des récits d’événements qui se sont passées dans l’enfance, des secrets parfois assez légers, des choses plus lourdes, des histoires d’amour déçues… Ça m’a beaucoup plu, c’est une très belle idée. Un livre à picorer comme on regarde à travers le trou d’une serrure.



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