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Lettre à Maria Schneider

« Tu as vécu des bonheurs, des moments de grâce, mais toujours le souvenir de la scène forcée, de la folie médiatique, de tous les excès. Toujours cette question aussi : te serais-tu moins brûlée sans cette marque sur ta chair bien enfouie dans les replis de ta mémoire ? »

27 mars 2019

Maria Schneider

Maria,

Tu es née le 27 mars 1952, à Paris, dans un monde d’art et de beauté.
Ta mère est roumaine, elle est mannequin.
Ton père, l’acteur Daniel Gélin, est déjà marié. La loi lui interdit alors de te reconnaître comme sa
fille, mais il vient te voir, parfois, quand tu es toute petite. Puis il ne vient plus.
Tes relations avec ta mère sont difficiles, elle a du mal à s’occuper de toi, elle t’envoie vivre chez
une nourrice, tu n’as que 8 ans. Deux ans plus tard, tu retournes près de ta mère et de tes frères,
l’adolescence se dessine, ta mère jalouse ton corps qui change, ta jeunesse, ta fraîcheur. Elle te met à
la porte à l’âge de 15 ans et tu pars vivre chez ton oncle et ta tante. Ta cousine Vanessa, plus jeune
que toi, t’observe alors les yeux brillants, elle t’aime. Elle t’aime tellement qu’elle t’écrira un livre, en
2018, sept ans après ta mort, un livre pour te raconter, toi, Tu t’appelais Maria Schneider, un livre
pour raconter ton talent, ton envie de vivre, tes ailes brûlées.
Un livre pour dire ton talent parce que toi aussi, comme ce père qui ne t’a pas reconnue, tu te
passionnes très tôt pour le théâtre et montes sur scène. Les débuts sont difficiles mais tu rencontres
Brigitte Bardot, elle voit ton talent, elle t’aide.
En 1969, tu tiens le premier rôle dans L’Arbre de Noël de Terence Young.
En 1970, tu joues face à Alain Delon dans Madly.
En 1972, c’est Le Dernier Tango à Paris de Bertolucci, la consécration. Tu as 19 ans. Le film fait
scandale, le film devient culte. Tu enflammes les images, tu es sublime, sensuelle, époustouflante,
magique. Dans ce huit clos de sexe et de violence, il y a une scène qu’on n’oublie pas, nous, en tant
que spectateurs, toi en tant qu’actrice. Le personnage joué par Marlon Brando, un Américain, un
homme plus âgé, viole ton personnage à toi. Il te sodomise de force, sur le sol de l’appartement où
vous vous retrouvez, il te sodomise de force en utilisant du beurre comme lubrifiant. Tout le monde
en parle, tu deviens célèbre mais quelque chose, après ce film, sur ta peau ne part pas.
Tu continues à tourner, tu as du talent, plus personne n’en doute, mais tu te brûles, d’addiction
en addiction, de dépendance en dépendance. L’alcool, la drogue, la dépression finiront par avoir
raison des tournages, des plateaux, des rêves de la petite Maria qui voulait qu’on la regarde au
cinéma.
Tu as rapidement raconté, de ton côté, que Bertolucci et Brando ne t’avaient pas prévenue pour
le beurre, que tu avais découvert comment le réalisateur avait pensé la scène de la sodomie forcée
en la vivant. Tu t’es sentie humiliée, plus bas que terre, tu as passé des heures à pleurer. Pour obtenir
son « moment de vérité », pour que ça fasse plus « vrai », le réalisateur en qui tu avais confiance,
l’acteur accompli aux côtés duquel tu jouais, ne t’ont rien dit. Ils ont eu leur moment de vérité, tu as
eu le succès, mais le souvenir de cette scène toujours t’a meurtrie.
On a parlé d’art, d’époque aux mœurs plus légères, pas la peine d’en faire toute une histoire. Et
puis il y a eu l’automne 2018, le mouvement #metoo, et on a reparlé de cette scène, de la violence
que le réalisateur du Dernier Tango à Paris avait exercée sur toi.

Tu es morte en 2011, trop jeune, des suites d’un cancer. Tu as vécu des bonheurs, tu as vécu ta
vie, des moments de grâce, des beaux souvenirs, mais toujours le souvenir de la scène forcée, de la
folie médiatique, de la drogue après, de tous les excès. Toujours cette question aussi : te serais-tu moins brûlée sans cette marque sur ta chair bien enfouie dans les replis de ta mémoire ?

Laura

(Crédit : Image du film Un dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci)



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