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Sarah Sauquet, créatrice d’applications littéraires et autrice

CRÉATRICE D’APPLICATIONS, AUTEURE, PROFESSEURE DE LETTRES, SARAH EST UNE JEUNE FEMME PLEINE D’ÉNERGIE ET DE TALENT QUI MET UN POINT D’HONNEUR À MONTRER LA MODERNITÉ DE LA LITTÉRATURE CLASSIQUE

7 septembre 2018

Sarah Sauquet

(Crédit : TedXCEWomen)

Sarah Sauquet est une jeune trentenaire qui cherche à remettre la littérature classique au goût du jour en montrant sa modernité grâce à six applications mobiles – la plus connue étant « Un texte Un jour » –, au blog du même nom, et à un livre drôle et passionnant, véritable outil d’autocoaching qui invite à s’appuyer sur des cas de la littérature pour rencontrer, séduire et garder l’âme sœur. Ayant elle-même réalisé de nombreuses interviews pour son blog, Sarah s’est prêtée avec enthousiasme au jeu de questions-réponses de Numéro Une, nous parlant de son parcours, de ses projets, de son prochain livre, de sa vie de maman, de ses prénoms préférés et des femmes qui l’inspirent. 

Sarah, tu es professeure de lettres dans un lycée parisien. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’enseigner la littérature ?

J’ai toujours aimé la littérature et suis une lectrice invétérée depuis mes cinq ans. J’ai, de ce fait, toujours voulu travailler dans le domaine littéraire ou culturel et il s’est trouvé que, pour des raisons de santé, j’ai eu besoin d’exercer un métier qui me permette en partie de travailler de chez moi. J’ai fait hypokhâgne, khâgne, puis une maîtrise de lettres, et j’ai d’abord songé aux métiers de bibliothécaire ou de libraire. Après avoir fait des stages en librairie, j’ai pu prendre conscience de l’investissement physique que pouvait exiger ce métier et ai préféré y renoncer. En définitive, je dirai que mon amour de la littérature et des adolescents m’a poussée vers les métiers de l’enseignement. Beaucoup de mes collègues sont venus à l’enseignement par vocation. Ce n’est pas mon cas et je pense que cela me permet de prendre un certain recul et de vivre cette aventure professionnelle avec bonheur.

Tu as en effet une activité entrepreneuriale puisque tu as créé le blog « Un texte Un jour » et l’application du même nom, numéro 1 sur l’App Store dans la catégorie « Littérature ». Comment as-tu eu cette idée et pourquoi ?

« Un texte Un jour » n’est pas mon idée. C’est à ma mère, ingénieure et qui créait déjà des outils digitaux, que je la dois. Il y a quelques années, j’ai offert à tous les membres de ma famille, à Noël, une anthologie de la littérature à partir de textes que j’avais moi-même sélectionnés. Un an plus tard, alors que ma mère souhaitait travailler avec ses enfants, elle m’a proposé d’unir nos compétences et de créer une anthologie littéraire, à la manière du cadeau que je leur avais fait, sur smartphone. À l’époque j’ignorais totalement ce qu’était une appli et je savais à peine envoyer un mail, mais ma mère m’a expliqué comment elle voyait ça. On a travaillé chacune de notre côté, elle sur la partie « technique », moi sur la partie « contenu ». La première version d’« Un texte Un jour » fut lancée en octobre 2012.

Cette application a immédiatement trouvé son public, et fortes de ce succès, nous avons souhaité poursuivre sur notre lancée. Nous avons ainsi créé « Un poème Un jour », une application uniquement consacrée à la poésie française. Souhaitant nous développer à l’international, nous nous sommes ensuite associées à un professeur d’anglais, Nicolas Gosnet, avec lequel nous avons créé l’application « A text A day » entièrement en anglais, et consacrée à la littérature anglo-saxonne. Nous avons ensuite sorti « Un texte un Eros » qui est consacré à la littérature amoureuse et érotique et plus récemment « Un mot Un jour », une application qui est un jeu de vocabulaire, au travers de citations littéraires, et nous avons aujourd’hui en tout six applications.

Moi qui ne connaissais rien aux réseaux sociaux je me suis formée en autodidacte à Twitter, Facebook, etc. afin de pouvoir faire la promotion de ces applications et ai énormément appris. Il y a deux ans et demi à peu près, j’ai suggéré à ma mère d’offrir du contenu gratuit en plus de nos applications payantes. Voilà l’origine du blog www.untexteunjour.fr, consacré uniquement à la littérature classique et comportant différentes rubriques et notamment des interviews. Je ne voulais pas d’un blog où l’on chronique les livres car je ne voyais pas comment offrir une ligne éditoriale singulière. Le blog est devenu une sorte de locomotive au téléchargement des applis.

Tu as donc créé « Un texte Un jour » avec ta maman. Est-ce que l’entreprenariat chez vous est une affaire de famille ?

Moi je ne suis pas entrepreneure, je suis vraiment restée prof, mais ma mère oui. Ma mère a vraiment cette fibre-là. On est trois filles et un garçon à la maison. Une de mes sœurs a fondé sa start-up, dans laquelle ma mère travaille, donc oui c’est vraiment une histoire de famille.

Tu es aussi auteure du livre La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con, par le biais duquel tu veux montrer à quel point les textes classiques sont modernes et peuvent nous éclairer sur des sujets comme la séduction. Est-ce que tu peux nous en parler ? Quelle a été la genèse de ce projet ?

J’ai une fille qui va avoir trois ans, donc il y a quatre ans à peu près j’étais enceinte et j’ai dû faire une grossesse entièrement allongée. J’avais du temps, j’étais chez moi, le blog n’existait pas encore, et je voulais vraiment faire quelque chose. J’ai eu l’idée d’un livre sur la façon dont la littérature classique peut nous aider à mieux vivre et le thème de l’amour s’est très rapidement imposé du fait de son universalité. J’ai commencé à écrire ce livre, qui a retenu l’attention d’un premier éditeur, éditeur qui s’est finalement rétracté au bout d’un an, une fois le livre achevé. Je suis donc repartie en quête d’un nouvel éditeur, et il se trouve que mon manuscrit a retenu l’attention des éditions Eyrolles. En fait c’est un ouvrage que j’ai écrit assez vite, et avec beaucoup de plaisir.

Livre La première fois que Berenice vit Aurelien elle le trouva franchement con

Couverture du livre : Sarah Sauquet, La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouve franchement con, Éditions Eyrolles, 2017.

Tu travailles en ce moment sur un deuxième livre, un projet qui te tient à cœur et qui va une fois de plus te permettre de faire le lien entre littérature et temps présent. Peux-tu nous mettre dans le secret ?

Oui, je vais publier début 2019 un Dictionnaire des Prénoms littéraires aux éditions Le Robert. Depuis toujours je m’intéresse aux prénoms des gens, à leurs significations, et lorsque je rencontre une nouvelle personne je réfléchis toujours aux personnages de la littérature qui portent ce prénom. J’ai donc proposé ce projet à un éditeur de dictionnaire, en l’occurrence Le Robert. En pleine écriture du projet, j’ai pu constater que nombreux sont les personnages qui portent le même prénom et ont les mêmes caractéristiques. Cela confère selon moi une vraie légitimité au projet et j’en suis très contente !

Quels sont tes prénoms préférés ?

J’aime beaucoup les prénoms classiques et notamment les prénoms médiévaux : Aliénor, Isabeau, Ariane, Oriane, Diane… Et j’ai une affection particulière pour le prénom Héloïse, qui est celui de ma fille.

Tu es aussi une jeune maman. Quelles sont tes astuces pour équilibrer ta vie de famille, de maman, et tes différents chantiers professionnels ?

J’ai un mari qui m’aide beaucoup, à qui je dois beaucoup, et sans lequel je ne ferais pas grand-chose, ou en tous cas beaucoup moins. C’est un papa moderne, mon premier soutien, et c’est un homme qui comprend que ce sont des opportunités importantes pour moi. Après, au quotidien, je suis une mère assez détendue et déculpabilisée. Je préfère passer moins de temps avec ma fille mais que celui-ci soit de qualité. J’ai tendance à croire qu’un enfant épanoui c’est un enfant qui a une maman épanouie.

Et quand tu es avec ta petite fille, quelles sont les activités que tu préfères faire avec elle ?

J’ai de la chance pour l’instant car elle adore aller à la bibliothèque. J’y vais beaucoup moi-même et donc je l’emmène. C’est vraiment une chose qu’on fait toutes les deux. Elle aime aussi faire la cuisine avec moi. Je ne suis pas une très grande cuisinière mais je fais des choses assez simples et elle adore ça. Et puis j’essaie vraiment, peut-être trop parfois, de la faire participer à tout ce que je fais, quitte à en oublier son jeune âge.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ? Les femmes que tu admires ?

Je trouve que beaucoup de femmes sont admirables aujourd’hui et qu’on leur en demande beaucoup ! Je dirais qu’une femme est admirable à partir du moment où elle travaille sur elle, essaie de faire du mieux qu’elle peut, de ne pas reproduire des schémas. J’ai assez d’admiration pour les gens qui essaient d’être autonomes et de faire des choses, et aussi pour les gens qui entreprennent de manière générale, même si je me méfie de l’injonction actuelle à l’entreprenariat. Après, plus précisément, mon intérêt se porte sur des femmes de différents horizons, comme Françoise Giroud, Gisèle Halimi, mais je n’ai pas spécialement de modèles. J’adore Romy Schneider, j’ai vu tous ses films, elle m’inspire depuis très longtemps. J’aime beaucoup l’éditrice, romancière et écrivaine Régine Deforges qui a beaucoup œuvré en France pour la diffusion de la littérature érotique, dont on parle beaucoup mais qui est finalement peu lue. Adolescente, j’ai dévoré sa saga La Bicyclette bleue ! J’aime aussi Agnès B qui, en plus d’être une styliste dont j’aime porter les vêtements, est une créatrice riche d’un univers vaste, cohérent, engagé, mécène, cinéaste, galeriste et qui fait des vêtements avec une véritable éthique. Et enfin j’adore Mélanie Laurent ! Je connaissais et appréciais l’actrice mais j’ai été bluffée par la réalisatrice, et ce depuis son premier film, Les Adoptés. Je trouve qu’elle a un style cinématographique très abouti, et je suis également impressionnée par la façon dont elle trace sa route, envers et contre tout, malgré les nombreuses critiques qu’elle a pu essuyer.

Tes auteurs préférés ?

Les sœurs Brontë. On parlait du fait de devenir enseignante, et bien je pense que Jane Eyre m’a accompagnée dans ma formation intellectuelle et professionnelle. C’est un roman qui sublime la vocation enseignante. J’adore Albert Cohen, Marcel Proust, et de manière générale je suis très classique. Parmi les auteurs récents, j’aime beaucoup Philip Roth, Tom Wolfe, je voue un véritable culte aux grands romanciers américains. C’est un pays qui me fascine et je trouve intéressant ce regard que les Américains peuvent porter sur leur propre pays.

Quels sont tes rêves pour demain ? Tes prochains projets ?

Mon rêve ce serait vraiment de développer « Un texte Un jour ». Mais le marché des applications est très compliqué. Est-ce qu’un jour j’aimerais lâcher mon métier pour faire uniquement de l’entreprenariat ? C’est une question que je me pose, mais je ne sais pas si je franchirai le cap. En revanche j’aimerais vraiment continuer à écrire d’autres livres. Souvent on me demande : « tu ne veux pas écrire de la fiction ? ». Je n’en suis pas sûre. Mais j’ai d’autres projets entre guillemets de beaux livres. J’adore les beaux livres, je m’intéresse aussi bien à la cuisine qu’à l’architecture, et j’ai autant de plaisir à lire un beau livre sur une série télé ou sur l’architecture que de la fiction.

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