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Hiroshima mon amour

DES CORPS LIBRES QUI SE RENCONTRENT, S’AIMENT ET SE QUITTENT
#LE CLASSIQUE NATUREL

22 juin 2019

Crédit : Image du film Hiroshima mon amour de Alain Resnais

Le 6 août 1945, la bombe atomique détruit Hiroshima. En 1959, Alain Resnais et Marguerite Duras font naître sur les cendres de la ville un chef-d’œuvre du cinéma et de la littérature. Hiroshima mon amour retrace la rencontre entre une Française et un Japonais à Hiroshima au Japon quelques années après la bombe atomique, mais c’est aussi le souvenir de l’histoire d’amour scandaleuse et déchirante que cette femme a partagée avec un soldat allemand à Nevers pendant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de l’un des plus beaux textes de Duras, qui évoque les blessures de la guerre et de l’amour avec un côté incantatoire et elliptique se prêtant à l’atrocité des deux histoires. Pour reprendre les mots de Fanny Ardant, qui joue en ce moment une adaptation théâtrale d’Hiroshima mon amour sur la scène des Bouffes Parisiens, « Duras, c’est l’audace d’une pensée, l’audace d’un discours. Elle n’a peur de rien. Elle dit que la littérature devrait être scandaleuse. » Dans ce scénario littéraire, le refus du « naturel » conversationnel relève de cette audace, tout comme l’expression d’émotions qui disent la nature profondément humaine de désirs contradictoires, à l’image de cet extrait qui sublime le désir d’une femme qui veut un homme, à ce moment précis, en dépit du cours de leurs vies.

ELLE
Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de mon corps même.
Qui es-tu ?
Tu me tues.
J’avais faim. Faim d’infidélités, d’adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu’un jour tu me tomberais dessus.
Je t’attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lèvera plus sur personne.
Jamais. Jamais plus. Enfin.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous n’aurons plus rien d’autre à faire, plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra. Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira. Le nom s’en effacera peu à peu de notre mémoire.
Puis, il disparaîtra tout à fait.



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