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Myriam Beaugendre, thérapeute et chamane

« Le travail chamanique crée une ouverture dans le corps et dans notre psyché qui fait que l’on devient beaucoup plus sensible aux vibrations de la nature qui nous entoure. »

22 janvier 2020

Myriam Beaugendre

Crédit photo Huard/Metselaar

Cela fait seulement quelques semaines que j’ai entendu parler de Myriam. Son histoire m’a intriguée et attirée : une psychothérapeute française devenue chamane qui soigne et accompagne ceux qui le décident dans “le jardin de Lola”, le centre de soins qu’elle a créé en pleine nature amazonienne. Grâce à son livre Prendre soin de l’âme, paru en 2017 aux éditions du Seuil, j’ai découvert comment elle utilise la médecine sacrée pour prodiguer des soins avec des décoctions de plantes issues de la forêt lors de cérémonies nocturnes. Là-bas, la vie se fait au rythme du soleil, dans des cabanes en bois ouvertes sur jungle, on y boit l’eau de la source et on se lave dans la rivière en totale immersion et reconnexion avec la nature. Un peu intimidée par l’aura qui se dégage de cette femme, j’ai tout de même décidé de la contacter pour lui poser quelques questions. Myriam m’a tout de suite répondu positivement et s’est prêtée avec douceur et bienveillance à notre interview Numéro Une : une rencontre inspirante et touchante qui pose question sur le lien intime et ancestral que nous entretenons avec la Nature.

Myriam, tu es psychologue clinicienne et psychothérapeute. Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai fait des études de Philosophie, SciencePo, puis j’ai été consultante dans un grand cabinet de conseil à Paris qui s’appelait Bossard et qui est ensuite devenu Capgemini. Après ce premier parcours professionnel, j’ai décidé de reprendre des études de psychologie. Je suis donc devenue psychologue et psychothérapeute. J’ai commencé par travailler en institution avec des enfants autistes et psychotiques, puis j’ai travaillé à l’hôpital avec des bébés. J’ai donné beaucoup de formations sur les questions de maltraitance et la psychopathologie.

Myriam Beaugendre

Crédit photo Huard/Metselaar, Le Jardin de Lola

Qu’est-ce que tu rêvais de de faire lorsque tu étais enfant ?

Quand j’étais enfant, je rêvais d’avoir une ferme en Bretagne avec des animaux et cela va bientôt se réaliser !

Il y a une dizaine d’années pour tenter de guérir d’une maladie cardiaque, tu es partie expérimenter le chamanisme en Amazonie. Les plantes sacrées t’ont soignée et t’ont initiée. Tu es devenue chamane à ton tour en héritant d’une terre sacrée. Peux-tu nous parler de ce voyage et de ta rencontre avec la nature ?

Ma rencontre avec la nature ne date pas de ce voyage en Amazonie. La nature a toujours été très importante dans ma vie. J’ai commencé à m’initier au chamanisme il y a 20 ans avec les indiens Lakota, au travers de la danse du soleil, de la hutte à sudation et des quêtes de visions.
Et quand j’ai eu des problèmes de santé que je n’arrivais pas à soigner en France, j’ai décidé d’aller à la rencontre du chamanisme amazonien. C’est un chamanisme éprouvant et ça me faisait peur, mais ces problèmes de santé étaient graves et m’ont poussée à sortir de ma zone de confort. Ce premier voyage en Amazonie a donc eu lieu en 2008, j’y ai expérimenté ma première diète dans la forêt dans une maison en bois ouverte sur l’extérieur. Et puis il y a eu toute l’expérience qu’on peut vivre à travers les transes provoquées par les plantes. Cela m’a ouverte à une autre rencontre avec la nature : les visions que l’on peut avoir au cours des cérémonies permettent de voir sa beauté d’une manière plus intense. D’une manière générale ce travail chamanique crée une ouverture dans le corps et dans notre psyché qui fait que l’on devient beaucoup plus sensible aux vibrations de la nature qui nous entoure. Vivre aussi proche de la nature a été une expérience très forte, surtout pour moi occidentale ayant vécu une partie de ma vie en ville.

Aujourd’hui pour prendre soin de tes patients, tu allies la psychothérapie occidentale et le chamanisme, grâce à des stages que tu organises en Amazonie mais aussi en France. Quelles difficultés as-tu rencontrées pour développer ta pratique ?

Si je caricature un peu, je dirais qu’il y a 2 postures qui peuvent un peu compliquer notre rapport à cette tradition : soit on est fasciné par le chamanisme, les plantes et la nature, soit il y a beaucoup de jugement, d’a priori et de peur collective. D’autre part, les plantes que nous utilisons en Amazonie sont considérées comme une médecine là-bas, alors qu’en France elles sont considérées comme des drogues sur un plan légal. Il y a donc certaines pratiques que nous pouvons faire seulement au Pérou. Les gens qui viennent vivre ces expériences me disent d’ailleurs souvent : “Si ça n’était pas avec toi, j’aurais du mal à le faire, j’ai peur, je viens car j’ai confiance en toi”.

Ensuite, je dirais que l’autre difficulté réside dans le fait que c’est un travail qui demande beaucoup de rigueur et d’exigence. Ces plantes puissantes peuvent être dangereuses si elles sont mal utilisées : tout le monde n’est pas apte à faire ce travail, certaines maladies physiques ou psychologiques peuvent être une contre-indication.

Myriam Beaugendre

Crédit photo Huard/Metselaar, Le Jardin de Lola

Peux-tu nous parler de ton quotidien lorsque tu vis en pleine nature dans le Jardin de Lola, le centre que tu as créé en Amazonie ?

Quand nous vivons là-bas, nous dormons dans des maisons faites en bois qui sont ouvertes sur la nature. Ce sont des maisons très simples où l’on dort sur un matelas avec une moustiquaire, il y a juste un fauteuil, un hamac et des toilettes.
Le matin, ce sont les oiseaux et la lumière qui viennent nous réveiller. Je commence en général en faisant du yoga ou alors je vais marcher dans la forêt pour aller voir les arbres. Sur place, nous avons aménagé un endroit intime et caché pour se laver et se baigner dans la rivière où chacun peut aller quand il le souhaite.

Ensuite, à 9h, un premier repas est apporté dans notre maison individuelle, puis généralement, il y a un cercle de parole avec les participants. Ensuite, à 15h, il y a un deuxième repas. Les repas sont totalement végétariens, sans sel et sans sucre, ils sont cuisinés sur place par une équipe d’une dizaine de Péruviens qui nous aident pour toute la logistique du Jardin de Lola. Il faut imaginer que ce lieu est à 30 minutes de marche de la route, tout ce qui est cuisiné et mangé a donc été amené sur place à dos d’homme. Par contre, on boit l’eau de la terre car nous avons une source sur place. Puis, soit l’après-midi est libre, soit il faut préparer la cérémonie du soir et les décoctions des plantes que nous buvons.

Heureusement c’est mon mari qui s’occupe de l’organisation du centre car nous sommes quand même une trentaine en tout à vivre sur place. C’est une petite communauté qui se crée à chaque fois car il y a les travailleurs péruviens, Sebastiaan mon mari, les enfants, les stagiaires et moi. Les stagiaires vivent chacun dans une maison individuelle et les Péruviens vivent ensemble dans une grande maison collective. Avant, avec ma famille, nous vivions la plupart du temps au Pérou, maintenant on vit principalement en France et on propose seulement quelques diètes dans l’année. Comme ce sont quand même des médecines à risques, nous choisissons un nombre limité de participants, nous faisons un accompagnement très proche, nous les connaissons, nous faisons vraiment du sur mesure. L’accompagnement se poursuit d’ailleurs souvent en France.

Myriam Beaugendre

Crédit photo Huard/Metselaar, Le Jardin de Lola

Est ce qu’il y a des femmes qui t’ont inspirée et donné envie de faire ça ?

S’initier à ce genre de médecine est un processus qui prend des années, c’est un chemin. Et sur mon chemin, à un moment donné, j’ai cherché à travailler avec des femmes, que ce soit dans mes initiations au chamanisme des indiens Lakota ou au chamanisme amazonien, mais je n’en ai pas trouvé. Ce sont malheureusement des univers assez macho où les femmes n’ont pas toujours eu leur place. Je dis ça avec la réserve que par exemple dans la communauté Shipibo d’Amazonie, ce sont plutôt les femmes qui pratiquent le chamanisme. Mais moi, dans mon parcours, je me suis plutôt initiée auprès d’hommes et c’est vrai aussi que ces initiations se font surtout par les plantes et par la forêt elle-même, on est au-delà de la question des hommes ou des femmes. C’est ce qu’on appelle les esprits de la nature, c’est eux qui viennent nous enseigner plus qu’une personne qui va transmettre un savoir. Mais ce qui me réjouit c’est que dans ma génération il y a plus de femmes qui ont été initiées et qui travaillent maintenant avec ces traditions. Heureusement nous sommes en train de reprendre notre place dans cet univers !

Cela paraît quand même étonnant qu’il n’y ait pas plus de femmes chamanes car le côté maternel et féminin paraît très important dans ton travail d’accompagnement ? En plus, le mot « nature » est un mot féminin.

Oui, c’est une bonne question, peut-être que justement les chamanes disent que le féminin est plus dans la nature et que c’est eux les hommes qui sont en charge d’offrir l’accès à la nature ! Je ne sais pas, il faudrait leur demander ! Mais par rapport à ma propre histoire et ce que j’ai pu constater auprès de toutes les personnes que j’ai accompagnées, c’est que quand il y a eu des manquements maternels dans les premiers temps de la vie, que l’on n’a pas eu d’affection, de présence ou d’écoute bienveillante, cela crée des fragilités dans les fondations de l’être. Et le chamanisme nous fait justement redescendre à ces endroits là du fondement de notre être en nous faisant vivre des expériences à la croisée de notre psychisme, du corps et de nos émotions. Dans les stages que l’on propose, les gens sont en immersion pendant 2-3 semaines et il peut y avoir un relâchement, un laisser-aller qui permet de pouvoir venir soigner ces endroits-là. Chaque thérapeute porte en lui des clefs pour soigner à certains endroits et c’est vrai que dans mon travail la dimension maternelle et féminine est vraiment importante.

« Le chamanisme nous fait justement vivre des expériences à la croisée de notre psychisme, du corps et de nos émotions. »

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui veut devenir chamane ?

Ce que je dirais c’est que c’est un long chemin qui demande de s’inscrire dans une tradition, dans une pratique, ce n’est pas une formation avec un diplôme. C’est tout ce travail de rencontre des plantes, d’isolement, de diète et la pratique qui permet d’avancer. Il y a plein de gens qui peuvent se sentir attirés par ce type de travail, mais ces rituels chamaniques vont surtout d’abord permettre à ces personnes de se reconnecter, d’avoir un lien nouveau et plus personnel avec la nature, ça va les rendre plus heureux dans leur vie. Et il y a d’autres personnes qui, au fur et à mesure, vont se rendre compte que cette médecine les appelle et que des déclics se font entre eux et certaines plantes par exemple. Ces gens vont donc continuer à approfondir cette connaissance.

Ensuite, c’est au cours des cérémonies et des soins que petit à petit quelqu’un va occuper la place de chamane. Personne ne se déclare chamane, c’est plutôt la communauté qui reconnaît les soins d’une personne et ses bienfaits. Cette personne est appelée à soigner. D’une manière générale, je crois que cette émergence du chamanisme dans nos sociétés nous montre que l’être humain est fait pour être en contact avec la nature : on porte ce lien en nous. Retourner à cet émerveillement de la terre, celle qui nous donne de quoi nous nourrir, regarder l’herbe pousser, entendre les oiseaux chanter, voir les feuilles qui tombent à l’automne, je pense que c’est ça qui peut ré-enchanter le monde et redonner de la joie aux gens ! Je crois qu’il y aurait beaucoup de solutions à nos problèmes économiques, écologiques et politiques si on retrouvait ce lien à la nature.

« Retourner à cet émerveillement de la terre, celle qui nous donne de quoi nous nourrir, regarder l’herbe pousser, entendre les oiseaux chanter, voir les feuilles qui tombent à l’automne, je pense que c’est ça qui peut ré-enchanter le monde et redonner de la joie aux gens ! « 

Tu as écrit Prendre soin de l’âme en 2017 (éditions du Seuil) dans lequel tu partages ta découverte et ta pratique de la médecine sacrée. Y a-t-il des lectures qui t’ont influencée et ont joué un rôle significatif dans ta pratique ?

Il y a un livre qui a été très important pour moi qui s’appelle Prendre soin de l’être de Jean Yves Leloup qui retourne à l’origine du terme thérapeute. Je pense aussi à tous les livres de Winnicott et Michael Balint qui m’ont beaucoup apporté dans mon chemin personnel et ma compréhension de la souffrance humaine. Mais aussi Christiane Singer qui est un grand maître de notre époque et qui m’inspire beaucoup.
J’ai participé au livre collectif Femmes Chamanes qui va sortir en mars. Il présente le parcours de 6 femmes chamanes qui ont été initiées dans différentes traditions à travers le monde. Il va paraître chez Mama éditions le 19 Mars. L’autrice de ce livre est la journaliste Audrey Fella, qui a pris le temps de vivre une initiation avec chacune de ces femmes et raconte ce qu’elle a vécu. Puis il y a un échange sous forme d’entretien avec chacune où elle nous interroge sur notre parcours et les initiations qui ont été importantes dans notre cheminement personnel.

livre Myriam Beaugendre

Couverture du livre Prendre soin de l’âme (éditions du Seuil) 

Quelles sont tes envies aujourd’hui ?

Avant de recevoir ce lieu au Pérou, j’avais eu la vision que j’allais créer un lieu de soin en France et c’est ce que l’on va faire cette année en Bretagne. On a envie de venir travailler sur notre terre, celle où nous sommes nés. Nous voulons aussi proposer des accompagnements qui soient plus accessibles pour les gens car le voyage au Pérou c’est loin, c’est cher et ça pollue la terre.
Pour moi, le sens de ce parcours en Amazonie est de venir retrouver nos traditions. En Amazonie, ils ont su garder une connaissance de la nature et des plantes que nous avons malheureusement perdue et détruite en France. Alors que nous avions aussi ici nos traditions des plantes druidiques, celtiques… On va travailler en s’inspirant des médecines qui sont utilisées au Pérou, mais bien sûr en utilisant uniquement des plantes légales en France.

Ton mot de la fin « nature » pour clore cette interview ?

J’ai beaucoup d’estime et de respect pour le travail de Pierre Rabhi et j’aime beaucoup son appel à “La sobriété heureuse”. Je pense vraiment qu’il y a une nécessité pour nous de retourner à des modes de vie plus simples, plus proches de la nature, plus authentiques. Cet engouement actuel pour le chamanisme vient est une autre facette de cette envie de simplicité. Tous les rituels chamaniques sont très simples, il n’y a pas besoin de grand-chose en fait ! A part sa bonne volonté et l’ouverture de son cœur.

Retrouvez Myriam Beaugendre sur

le site du Jardin de Lola

Myriam Beaugendre

Crédit photo Huard/Metselaar

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